Mon microbiome et moi (comment bien cohabiter avec les bactéries de nos intestins)

Voici un article publié dans le Journal de la Guilde des herboristes (volume 21 #2 à l’automne 2016) portant sur la santé des intestins. Vous pouvez vous le procurer en cliquant sur le lien suivant.

http://www.guildedesherboristes.org/journal-de-la-guilde-des-herboristes/


Savez-vous que nous sommes composés d’un peu plus de bactéries que de nos propres cellules[1] ? Impressionnant non ? Comme le propose l’auteur Michael Pollan[2] dans un article que je vous conseille fortement si le sujet vous intéresse, nous pourrions parler de nous-même à la première personne du pluriel, au « nous », plutôt qu’au « je » tant nous formons un super-organisme beaucoup plus vaste qu’un seul et unique être vivant. En effet, nous sommes en vie grâce à cette symbiose entre nos cellules et les micro-organismes qui peuplent les différentes régions de notre corps.

Comme si nous avions une entente implicite, ces « amis » s’assurent de notre bien-être afin de conserver leur confortable milieu de vie. Ils ont grand intérêt à fonctionner en notre faveur, tout comme nous aurions grand intérêt à prendre soin de l’écologie de la planète qui nous permet de vivre. Et vice-versa, prendre soin de ceux-ci nous profite aussi énormément. Nous nous attarderons donc à ce qui nourrit notre microbiome, à ce qui le déséquilibre, aux conséquences d’un tel état et aux pistes de solutions possibles.

Un peu de vocabulaire

Les recherches des dernières années ont apporté un éclairage fascinant sur cette cohabitation. Ce que nous appelions communément notre flore est désormais nommé microbiome ou microbiote. En fait, pour être plus précis, l’ensemble des microbes qui vivent sur et dans notre corps constitue notre microbiome. Puis, chaque colonie vivant dans les diverses régions et organes de notre corps (bouche, peau, vagin, intestins, etc.) se nomme un microbiote (buccal, cutané, vaginal, intestinal, etc.). Le microbiote prédominant est sans nul doute celui de notre côlon. C’est le plus fort en nombre, en espèces et, logiquement, celui qui a un plus grand impact sur notre métabolisme. Il ne se contente pas de maintenir la muqueuse en santé (comme le fond nos bactéries « amies » de la peau ou du vagin par exemple), il influence ce que nous absorbons, ce que nous excrétons, en plus de fabriquer des vitamines et d’influencer plusieurs processus métaboliques. C’est celui que nous aborderons ici.

Chouchouter nos amis

Les espèces de bactéries pouvant coloniser les intestins varient d’une personne à l’autre. Pour l’instant, environ 1000 espèces ont été identifiées comme étant celles pouvant vivre dans le côlon, mais chacun en héberge plus ou moins 150. Chaque espèce installée comptera des milliers et des milliers d’individus.

Qu’est-ce qui fera qu’une espèce ou une autre s’établira dans nos intestins ? Plusieurs facteurs influencent ceci : notre alimentation[3], nos origines, notre âge, notre poids, notre style de vie, nos gènes, notre exposition aux antibiotiques ou à divers autres produits chimiques. Puisqu’elles font le lien entre nous et l’extérieur, les bactéries nécessaires à notre bon fonctionnement sont idéalement présentes en nous dépendamment de ce que nous avons besoin de digérer ou d’affronter. La beauté de la chose est que nous pouvons cultiver ces micro-organismes « amis » grâce à certaines habitudes de vie.

Pour tout écosystème, ce qui permet la meilleure régulation de son milieu est la diversité. Dans le cas du microbiote intestinal, plus la variété d’espèces est grande, plus l’équilibre est facile à conserver, plus une espèce néfaste aura de la difficulté à s’installer et à faire des ravages. Logiquement, pour favoriser cette diversité nous voulons nous assurer d’avoir un apport en aliments qui nourrissent ces amis en plus de favoriser un milieu qui leur est convivial. Et pourquoi pas, tant qu’à y être, apporter quelques bactéries elles-mêmes. Voici quelques éléments à prendre en considération.

  • La diversité alimentaire : chaque type d’aliment nourrit des espèces différentes de bactéries. Ainsi, en variant l’alimentation, nous nourrissons un plus grand nombre de bactéries possibles. Les végétaux ont par ailleurs un impact phénoménal sur nos bactéries « amies » permettant aussi de diminuer les espèces néfastes en trop grande quantité.
    • Prébiotiques : Vous en avez sans doute déjà entendus parler. Les aliments que l’on nomme prébiotiques ont la capacité de nourrir les bactéries bénéfiques résidant dans notre côlon. Il s’agit d’un type de fibre que notre système digestif est incapable de décomposer. Ce sont alors nos bactéries qui s’en chargent. En plus de s’en nourrir, les bactéries synthétisent en les fermentant des acides gras à chaîne courte qui sont particulièrement bénéfiques à notre muqueuse intestinale. Vous pouvez les retrouver dans les végétaux, entres autres dans les bananes, le topinambour, l’oignon, l’avoine, etc.
    • Aliments fermentés/probiotiques : Ces aliments constituent un apport direct en bactéries bénéfiques. En effet, beaucoup de traditions alimentaires comptent des aliments fermentés (yogourt, miso, tempeh, choucroute, borscht, kéfir, kimchi, nattō, et j’en passe !) et ce n’est pas pour rien. (J’aimerais ici faire une parenthèse sur les suppléments de probiotiques : bien qu’ils soient très intéressants dans certaines situations, j’ai une préférence pour les aliments pré et probiotiques. N’étant pas un marché régulé, les capsules ne contiennent souvent pas les quantités ni les espèces de bactéries affichées sur les bouteilles. Aussi, l’effet est bénéfique pendant que l’on prend les suppléments, mais s’arrête avec la prise alors que le changement d’habitudes alimentaires est plus durable.)
  • S’exposer aux micro-organismes extérieurs : Outre par l’alimentation, nous pouvons cultiver nos colonies en s’exposant aux bactéries du monde qui nous entoure. C’est même ainsi que notre microbiome commence à se développer dès la naissance : en passant par le vagin de la mère. Le bébé s’expose ensuite à une variété impressionnante de micro-organismes en mettant, entres autres, tout dans sa bouche (sans compter que le lait maternel contient des pré et des probiotiques permettant le développement du microbiote de l’enfant !). En effet, pour l’enfant, l’exposition à une bonne diversité de micro-organismes permet un bon développement de ses systèmes nerveux[4], immunitaire et digestif, diminuant les risques de développer des problèmes d’apprentissage, moteur, allergiques, digestifs, immunitaires, inflammatoires et bien d’autres.

Nous bénéficions aussi énormément du contact avec la terre, nid d’une variété considérable d’espèces. En effet, les personnes vivant à la campagne et allant régulièrement à l’extérieur ont moins de désordres chroniques (allergies, asthme, etc.) Une autre bonne raison pour jardiner.

Nourrissez-les, elles vous le rendront bien.

Mais à quoi bon entretenir une grande variété de micro-organismes dans mon corps ?, me demanderez-vous. Parce qu’elles se chargeront pour vous de plusieurs fonctions qui permettront un métabolisme optimal à votre organisme. En voici quelques-uns des principaux, mais sachez qu’il y en a plus et que nous en apprenons toujours plus au fil des découvertes.

Avoir une grande quantité de bactéries « amies » au sein du côlon empêchent l’implantation de celles dites pathogènes via une multitude de mécanismes, en créant un milieu défavorable à celles-ci et en leur laissant trop peu de place. De plus, elles influencent de façon positive plusieurs aspects de notre immunité, allant de la formation de cellules immunitaires et de messagers importants, à la maturation de tissus lymphoïdes sans oublier la régulation de l’inflammation dont nous parlerons plus loin !

Comme je l’ai mentionné plus haut, les micro-organismes du côlon facilitent l’assimilation de divers nutriments comme les protéines, les lipides, le calcium et le fer, en plus de produire diverses vitamines B et la vitamine K et de dégrader les polysaccharides des plantes et divers composés stéroïdiens tel que le cholestérol et les hormones stéroïdiennes.

Bien que tous les mécanismes ne soient pas encore tous résolus, le microbiote influence les concentrations de neurotransmetteurs (molécules permettant la communication entre les neurones) et l’activation ou l’inhibition de centaine de gènes[5].

À suivre

Dans le prochain article, nous aborderons les déséquilibres du microbiote intestinal et plantes médicinales pouvant alors aider.

À bientôt!

Vous aimeriez être épaulé pour prendre soins de vos bactéries intestinales? Contactez-moi pour prendre rendez-vous pour une consultation privée.

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[1] Sender, Ron et autres. « Revised estimates for the number of human and bacteria cells in the body », bioRxiv, 2016.

[2] Pollan, Michael (2013, 15 mai). « Some of My Best Friends Are Germs ». The New York Times Magazine. Consulté le 27 août 2016. http://www.nytimes.com/2013/05/19/magazine/say-hello-to-the-100-trillion-bacteria-that-make-up-your-microbiome.html?_r=0

[3] Pray, Leslie et autres. « The Human Microbiome, Diet and Health: Workshop Summary », Institute of Medicine (US) Food Forum, Washington (DC): National Academies Press, 2013, 196 pages.

[4] Diaz Heijtz, Rochellys et autres. « Normal gut microbiota modulates brain development and behavior », Proceedings of the National Academy of Sciences, 2011, 108(7), 3047-3052.

[5] Van Baarlen, Peter et autres. « Human mucosal in vivo transcriptome responses to three lactobacilli indicate how probiotics may modulate human cellular pathways », Proceedings of the National Academy of Sciences, 2011, 108(1), 4562-4569.

Avertissement :

Ces parutions ne servent qu’à des fins éducatives et ne visent aucunement à soigner, traiter ou établir des diagnostics médicaux. Ils ne constituent pas non plus une incitation ou un encouragement à interrompre des traitements médicaux. Si vous prenez des médicaments, que vous êtes enceintes ou allaitez, consultez un herboriste thérapeute accrédité ou un professionnel de la santé avant de prendre des plantes médicinales. Le contenu des textes sur ce site n’a pas fait l’objet d’une évaluation par Santé Canada.

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