Mon microbiome et moi (déséquilibre et plantes médicinales)

Voici un article publié dans le Journal de la Guilde des herboristes (volume 21 #2 à l’automne 2016) portant sur la santé des intestins. Vous pouvez vous le procurer en cliquant sur le lien suivant.

http://www.guildedesherboristes.org/journal-de-la-guilde-des-herboristes/


Dans l’article précédent, nous abordions le fascinant équilibre entre nos bactéries intestinales et notre organisme. Mais que se produit-il si nos « bonnes » bactéries diminuent ou si de « mauvaises » envahissent nos intestins?

L’équilibre brisé

Cette symbiose, si extraordinaire soit-elle, peut parfois virer au vinaigre. Bien évidemment, il existe plusieurs degrés de déséquilibres. Comprendre ce qui est néfaste à notre microbiote est probablement la première étape pour éviter ceci ou rétablir l’équilibre perdu.

Dès l’enfance s’établissent les bases de ce que sera notre microbiote. Un peu comme la génétique, nous avons des forces et des faiblesses à différents niveaux dépendamment de nos parents et de notre historique. Mais ne soyons pas trop fataliste. Bien qu’il soit intéressant de comprendre la source des problèmes, cela ne veut pas dire que tout est coulé dans le béton. Rappelez-vous que nous parlons ici d’êtres vivants, donc en constante évolution. Ainsi, la composition de notre microbiote est tout d’abord influencé par celui de notre mère lors de la grossesse[1], de l’accouchement et de l’allaitement[2], puis de notre contact avec ce monde bactérien dans notre enfance, sans oublier la quantité de prises d’antibiotiques prise dans notre enfance. Plusieurs études se penchent justement sur la prise d’antibiotique dans les premiers mois de vie et leurs impacts sur le développement de pathologies telles que l’asthme, les allergies, l’eczéma, etc. L’impact est effectivement plus grand chez les plus petits, car ceux-ci n’ont pas encore eu le temps ni la chance de développer des colonies complètes et fortes. Leur microbiote étant moins nombreux, il a une moins grande capacité à gérer cette perte de bonnes bactéries et à retrouver rapidement son équilibre.

La dysbiose

Comme nous l’avons dit, avant d’en arriver à des pathologies plus importantes, il y a un déséquilibre au niveau du microbiote intestinal, souvent une prédominance d’une ou plusieurs espèces de bactéries normalement présentes, mais en plus petite quantité, pouvant agir de diverses façons néfastes (en sécrétant des substances irritantes pour la muqueuse intestinale par exemple) et le manque de certaines bactéries nous étant bénéfiques (pour toutes sortes de raisons !). Inversement à la symbiose, cet état se nomme dysbiose, « dys » signifiant un mauvais état. À cette étape, on voit l’apparition d’inconforts digestifs comme des ballonnements et des gaz, de la diarrhée ou de la constipation ou une alternance des deux. Cet état à plusieurs conséquences que nous n’avons pas le temps de développer en profondeur ici, mais dont voici un petit tour d’horizon.

Le surdéveloppement de ces organismes plus pathogènes entraîne tout d’abord de l’inflammation ce qui peut amener une perturbation au niveau des jonctions serrées entre les cellules de l’intestin. L’ouverture de ces jonctions (hyperperméabilité intestinale) permet l’entrée dans notre sang de molécules qui normalement ne passeraient pas. Ces molécules déclenchent une réaction immunitaire, encourageant encore une fois l’inflammation, autant au niveau intestinal que métabolique[3], [4]. L’inflammation systémique est la source de bien des maladies de notre époque : troubles métaboliques, nerveux[5], endocrinien, etc.

Vous aurez compris que ces mécanismes sont complexes pouvant même éventuellement mener à des problématiques auto-immunes via ce que l’on nomme les réactions croisées. Ce qui est cependant important de retenir ici est l’importance du microbiote intestinal face aux réactions inflammatoires. Un microbiote diversifié et équilibré nourrit, régule, maintient et répare la muqueuse intestinale, alors qu’à l’inverse, une perte de diversité en plus de toxines irritantes produites par certains micro-organismes irritent la muqueuse et entraînent plutôt son inflammation[6]. Pour ceux qui ne le sauraient pas, notez que l’inflammation intestinale est la source de bien des problématiques inflammatoires chroniques et métaboliques.

Comment en arrive-t-on à un tel état ? Vous comprendrez bien que l’absence de ce qui fait du bien à notre diversité intestinale est en lien direct : manque de contact avec le microbiome extérieur[7], [8], manque de prébiotiques, de fibres et d’aliments fermentés dans l’alimentation, etc.[9] D’autres facteurs sont aussi néfastes comme le stress[10] (il diminue la présence d’espèces bénéfiques telles que les lactobacilles et les bifidobactéries et augmente celle de bactéries néfastes tel que E. coli et Bacteroides fragilis), la prise d’antibiotiques à répétition (particulièrement ceux à large spectre), une alimentation riche en sucres raffinés et en aliments transformés (manque de fibres et ajout d’additifs), la consommation d’allergènes alimentaires et une consommation régulière d’alcool.[11]

Et les plantes dans tout ça ?

Enfin ! Me direz-vous. Mais tout d’abord, je vous rappellerai (encore et encore et encore) que ce sont les habitudes de vie (principalement alimentaires dans ce cas) qui ont l’impact le plus profond. Ensuite, le choix des plantes dépend bien entendu de la cause du déséquilibre et des symptômes auxquels vous faites face.

Les plantes qui contiennent de la berbérine (hydraste, raisin des montagnes, savoyane, épine-vinette) sont particulièrement intéressantes puisqu’elles aident à éliminer les micro-organismes pathogènes tout en favorisant la santé de la muqueuse digestive et en diminuant son inflammation. Le curcuma et l’aunée sont aussi des options intéressantes pour les mêmes raisons. La camomille est une des meilleures pour diminuer l’inflammation de la muqueuse intestinale et favoriser sa réparation. La racine de pissenlit, quant à elle, contient de l’inuline (l’aunée, la chicorée et la bardane aussi d’ailleurs) qui est prébiotique. Manger ces racines est par conséquent très intéressant. Pour en revenir au pissenlit, il est aussi amer et il soutient le foie.

D’ailleurs, un petit mot sur les plantes amères : l’amertume permet la stimulation de la sécrétion des liquides digestifs qui sont essentiels à une muqueuse digestive en santé et à un microbiote intestinal sain et équilibré (les liquides digestifs étant antiseptiques, ils éliminent les bactéries pathogènes). Il s’agit ici d’une piste très intéressante pour améliorer toute problématique digestive et bien plus encore. Mais ceci serait le sujet d’un tout autre article aussi passionnant et fascinant !

Si vous désirez être accompagné dans le choix des plantes et les changements alimentaires, consultez la section «consultation» ou prenez directement rendez-vous avec moi.

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[1] Doege, K. et autres. « Impact of maternal supplementation with probiotics during pregnancy on atopic eczema in childhood – a meta-analysis », British Journal of Nutrition, 2012, 107(1), 1-6.

[2] Cabrera-Rubio, Raul et autres. « The human milk microbiome changes over lactation and is shaped by maternal weight and mode of delivery », The American Journal of Clinical Nutrition, 2012, 96(3), 544-551.

[3] D. Wu, Gary et James D. Lewis. « Analysis of the human gut microbiome and association with disease », Clinical Gastroenterology and Hepatology, 2013, 11(7), 774-777.

[4] Hakansson, Asa et Goran Molin. « Gut microbiota and inflammation », Nutrients, 2011, 3(6), 637-82.

[5] Montiel-Castro, Augusto J.  et autres. « The microbiota-gut-brain axis : neurobehavioral correlates, health and sociality », Frontiers in Integrative Neuroscience, 2013.

[6] O’Hara, Ann M. et Fergus Shanahan. « The gut flora as a forgotten organ », EMBO Reports, 2006, 7(7), 688-693.

[7] W. Rook, G. A. « 99th Dahlem Conference on Infection, Inflammation and Chronic Inflammatory Disorders: Darwinian medicine and the “hygiene” or “old friends” hypothesis», Clinical and Experimental Immunology, 2010, 160(1), 70-79.

[8] Hanski Ilkka et autres. « Environmental biodiversity, human microbiota, and allergy are interrelated », Proceedings of the National Academy of Sciences, 2012, 109(21), 8334-8339.

[9] A. Myles, Ian. « Fast Food Fever : reviewing the impacts of the Western diet on immunity », Myles Nutrition Journal, 2014. 13:61.

[10] M. Collins, Stephen et Premysl Bercik. « The relationship between intestinal microbiota and the central nervous system in normal gastrointestinal function and disease ». Gastroenterology, 2009, 136(6), 2003-2014.

[11] A. Hawrelak, Jason et Stephen P. Myers. « The causes of intestinal dysbiosis: a review. », Alternative Medicine Review, 2004, 9(2), 180-197.

Avertissement :

Ces parutions ne servent qu’à des fins éducatives et ne visent aucunement à soigner, traiter ou établir des diagnostics médicaux. Ils ne constituent pas non plus une incitation ou un encouragement à interrompre des traitements médicaux. Si vous prenez des médicaments, que vous êtes enceintes ou allaitez, consultez un herboriste thérapeute accrédité ou un professionnel de la santé avant de prendre des plantes médicinales. Le contenu des textes sur ce site n’a pas fait l’objet d’une évaluation par Santé Canada.

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